Ecrits entre 1985-87, pour un recueil intitulé "Bal(l)ades"

 

Tête en arrière
Corps détendu
livré au
mistral odorant
Je regarde
défiler
par le toit ouvrant
La voûte
de feuilles vertes
des platanes
Enserrant
frémissants
Un mince ruban
d’éclatant ciel bleu
Strident
Ensoleillé
de cigales.

 


Après quatre jours
passés à pédaler
Montées exténuantes
Descentes enivrantes
Connaître
la joie pure
Arriver
au bord
de la Méditerranée
Se jeter
visage dans l’eau
Se laisser flotter
toute volonté abandonnée
Epave humaine
roulant
au rythme
du rouleau
Savourant enfin
le repos.

 


Délicieuse nuit
d’Andalousie
Vitres ouvertes
La plaine embaumée
de sensualité
Traversée de villages
aux ampoules
de couleur
Lucioles multicolores
Visions de fêtes
étrangères
A l’écart
sur la route
Un couple
est pris
dans le pinceau
des phares.

 


Débarqué du ferry
à la nuit
glacée
de Décembre
Seul
Sur le quai de gare
inéclairé
d’un lumignon jaunâtre
Entre les flocons
de blizzard
Fondus par
l’acier parallèle
du rail.

 


Dans un bar
enfumé
Au centre
de l’indifférence
Courbé derrière
son piano
Il joue
Solo
Des morceaux
désespérément
beaux.

 


L’esprit doucement enivré
de cidre
et d’orgue de barbarie
Mangeant une crêpe
au bord de la jetée
Pendant que tournent
Tournent
Sautent
en carrousel
Montantes
Virevoltantes
Les couleurs
se brouillant
toujours plus rapidement
Les masques d’animaux
de diables ricanants
Surgissant
au détour
des flonflons
Du manège désuet
des chevaux de bois.

 


Mer d’huile
Douceur de l’été indien
finissant
Premiers lampadaires allumés
créant
D’artificielles aurores
Agréable mélancolie
dont l’âme se délecte
Un coucher de soleil
orangé verdissant
Tâche l’océan
La lune pleine et haute
Eclate
sur le bas-relief du flot
et le garde-fou
immaculé.

 


Le temps
peu à peu
se brouille
A l’approche de l’océan
La buée se condense
et la dune passée
La surprise
de ne rien voir
La plage entière
plongée
dans un brouillard épais
Où tout n’est que
sons
résonances étouffées
Au sein du cocon vaporeux
Des gens emmitouflés
La perte de nos sens
atrophiés
Empêche de deviner
l’eau
Venue mourir
à nos pieds.

 


Un cyclone
a surgi
De la saison
des pluies
Sur la portion
de route
Entre les champs
de canne
balayés de vent
De bourrasques
Toute vie
s’est arrêtée
Sauf un couple
perdu sur sa moto
Au milieu des rafales
inondant le goudron
Immergés
Naufragés
L’un à l’autre
accrochés.

 


Jus siroté
A l’ombre apaisante
d’une paillote
caressée par la brise
Douce samba
au-dessus du clapotis discret
de l’eau intensément verte
Dur miroir
réverbérant le soleil éclaté
Secrétant
au fil des heures passées
Distillées
Longues infiniment
Un flot montant d’angoisse
devant l’atroce vision
de l’immuable.

 


Dimanche déserté
Rideau
doucement agité
L’alizé s’insuffle
par les jalousies
martiniquaises
Peu de paroles
Hors la langueur
diffusée
par une radio tropicale
Silence et calme
emplissent l’air
Nous dégustons
délicieusement
le sorbet au maracuja.

 


La route descendait en tournoyant
Solitaire et étroite
suivant les parois du cirque de montagnes
Route déserte de bitume granulé
Un silence oppressant de lande esseulée
Un banc public incongru
sur lequel je m’assis
Un oiseau gazouilla
Le vide était en moi
aussi vide que l’espace et les montagnes
que le ciel diffus et plombé
Un tap-tap haletant retentit
sur le goudron
Apparut un jogger gêné
que je regardai
Il disparut au tournant
emportant ce moment.

 


Les corniches ventées
du froid de Janvier
Peuplées de
chimères ricanantes
Pupilles figées
Vomissant
leur haine de pierre
sur la ville accroupie
Puis
La nef
Inondée de paix
Jusqu’aux voûtes
hautaines
Emplie de
chuchotements
Craquements de chaises
Flammes de bougies
Dans la semi-obscurité
Douce clarté
filtrant du vitrail
Pastel rose-bleu.

 


Après la nuit
de cauchemars éveillés
d’asthme angoissé
Le corps et la tête
fatigués
Transi de lassitude
Je suis apaisé
par les premières lueurs
fraîches et roses
du matin d’été
Dispensant
derrière le carreau embué
une somme de sérénité.

 


A l’ombre d’un pin
dominant la mer
Intrigué
par la beauté
de deux branches
étroitement enlacées
Collées l’une à l’autre
Vrillées
Qui soudain
bifurquent
un moment
de temps végétal
Puis retrouvent
leur croissance
conjuguée
Lasses sans doute
d’être séparées.

 


Mon corps est
ciel mer et dune
Je ne suis rien
je suis le vide
Je suis l’instant et le néant
Par l’hiver engourdi
Mes traces
sur le sable
qui givre
Sous le ciel bleu
incandescent
Je ne suis qu’une
enveloppe vide
deux yeux étonnés
qui mirent
Je suis le vent froid
qui m’assassine
et le soleil
Trop clément
Je suis
éternellement Présent
L’azur
le sable
et l’océan.

 


Fast, quick,
driving.

The car shining.
Little road
along the Mediterranean sea.

Fast, quick,
driving.

And the long flowing scarf
dancing in the wind.

The car. The scarf. The pleasure of the wind.
Quick, quick. The scarf, the wind, the wheel.

The night is coming.

 

 

 

La chatte de Siobhan
Chemin qui m’enchante
Ou j’accouche en chanson
Chatte pas chaste
Charmé je vais au charbon
Chatoyante de charme
En nos chairs chaloupons
Sur le champ elle m’embauche
C’est ma chance nous ne chômons
Adieu châle et chemise
Je chavire dans son chausson
Elle chérit mon chêne
Sans anicroches nous chevauchons
Ma bûche dans sa ruche
Tête-bêche nous pourléchons
Bouches en alchimie
Sans relâche nous enchaînons
La biche se met en caniche
Sherpa sur ses nichons
Sans l’amocher je l’embroche
Je chine dans le chaton
C’est le rush sous son bush
Par jonchées nous chuchotons
Pas godiche elle m’assèche
Dans le Michigan nous chutons
Je shoote ma cartouche…

Le dimanche nous achevons
Je rechausse mes babouches
La couche nous retouchons
La fine mouche prend sa douche
Quelques inches nous marchons
Dans sa calèche elle débouche
Je louche, pacha, de mon polochon.